Les Canaries ou l’éternel printemps

Lanzarote, la brune

La plus énigmatique des Canaries n’est qu’à quelques brasses des plages exubérantes de Fuerteventura. Mais sur Lanzarote, on marche sur la pointe de pieds car, ici, les volcans viennent de s’endormir. On en dénombre près de 300 sur l’île, dont une trentaine dans le parc de Timanfaya. Assoupies depuis 1824, ces « montagnes de feu » restent menaçantes. Leur visite est donc strictement encadrée. Aux abords du restaurant El Diablo, conçu par le peintre et architecte César Manrique, il suffit de mettre la main au sol pour sentir gargouiller les entrailles de la Terre.

Réparties sur Lanzarote et indissociables de son identité, les créations du général Manrique se caractérisent par un souci de dialogue avec le paysage. Animé par l’ambition de préserver son île, tout en valorisant sa beauté, l’artiste local a façonné des sculptures, conçu des maisons et aménagé d’importants sites, comme le musée d’Art contemporain d’Arrecife, le monument au Paysan, le Jardin de cactus ou le belvédère Mirador del rio. Une œuvre d’autant plus exceptionnelle qu’elle incita les autorités à maîtriser le développement touristique de l’île. La fondation installée dans la première demeure de Manrique est un passage obligé pour saisir son concept d’intégration de l’architecture à l’environnement.

Tout autour, la campagne n’est que chaos : monticules de scories coupantes, failles béantes, crevasses incandescentes… Enracinés dans cette apocalypse minérale, les habitants de Lanzarote sont des modèles de résilience. Leurs maisons blanches se dressent au milieu d’inextricables labyrinthes de lave noire. Leur ingéniosité a même rendu le sol fertile dans la vallée de La Geria. Abrités derrière des murets de pierre, figuiers et pieds de vigne verdoyants émergent, tel un mirage, d’un océan de cendres.  Un ultime prodige auquel même les Atlantes n’avaient pas pensé !