dimanche, avril 21, 2024
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En rando sur les chemins de Saint-Jacques

À l’ouest – Merveilles romanes charentaise

L’église d’Aulnaye-de-Saintonge entourée de son vieux cimetière avec ses cyprès tourmentée, est classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Il faut prendre son temps pour découvrir ses multiples décors sculptés, travaux des champs, vie quotidienne et tout un bestiaire fantastique et fascinant. Le chemin rejoint, puis suit la vallée de la Boutonne, calme rivière bordée d’arbres jusqu’à Saint-Jean d’Angély et son abbaye royale. le lendemain, on prend la route en direction de Fenioux. Tout près de l’église, se dresse une des plus belles lanternes des morts de l’Ouest.

Puis, tradition jacquaire oblige, on ne manquera pas de déposer sa pierre blanche au pied de la croix des pèlerins, à côté de l’église de la Frédière, isolée en pleine campagne. Le parcours s’achève à Saintes. Naguère, les pèlerins y vénéraient saint Eutrope et l’abbaye aux Dames leur assurait le gîte et le couvert. Enfin, pour se détendre, pourquoi ne pas céder à la tentation d’une balade en gabarre sur la Charente ?

Au sud – Sous la protection des Saints Languedociens

Après avoir salué saint Roch, célèbre pèlerin, en sa chapelle montpelliéraine, in rejoint le chemin de l’Étoile, l’autre nom des sentiers de Saint-Jacques, car Compostelle veut dire « champ de l’étoile ». Très vite, on chemine à travers la garrigue qui fleure bon le thym et le romarin. Les cistes blancs de Montpellier offrent la corolle d’or de leurs étamines aux abeilles et autres insectes butineurs. Un peu plus loin, un lézard ocellé, vautré sur une pierre chaude, se laisse admirer prudemment. On marche au travers d’une mer de vignes lorsque la silhouette du château de Montarnaud surgit dans la lumière adoucie de la fin d’une après-midi.

Après une nuit réparatrice en chambre d’hôtes, le chemin nous mène jusqu’aux ruelles étroites du village d’Aniane fondé par saint Benoît, le réformateur de l’ordre des Bénédictins. L’actuelle abbatiale a été édifiée à la fin du XVIIe siècle en place de l’ancien monastère saccagé pendant les guerres de religion. À partir du pont du Diable, le plus ancien de style roman en France, le chemin s’immisce le long des gorges de l’Hérault puis s’ouvre sur Saint-Guilhem-le-Désert.

On entre facilement dans la peau d’un « jacquet » en découvrant ce village blotti autour de son abbaye classée au patrimoine de l’Unesco. ici reposait le corps du bienheureux Guillaume, qui rapporta de Terre sainte un précieux fragment de la « Vraie Croix » que venaient vénérer les pèlerins. Le cirque naturel de l’Infernet, « le petit enfer » en occitan, nous attends le lendemain. Ça grimpe. Un aigle royal survole majestueusement cette gigantesque muraille naturelle composée de plusieurs falaises. Les points de vue sont somptueux. Puis, des vignes en garrigues , l’itinéraire se poursuit jusqu’à Lodève et sa cathédrale Saint-Fulcran.

Au sud-ouest – Convergence basque

Depuis Maslacq, le chemin monte à travers bois vers l’abbaye de Sauvelade. Elle fut au cœur des guerres de religion, tantôt catholique, tantôt protestante. Pour l’heure, les pèlerins déposent des intentions de prières et des remerciements devant la statue de saint Jacques. De champs en petits hameaux, on arrive à Navarrenx, première forteresse bastionnée de France, un siècle avant Vauban? La rivière Saison marque la frontière entre le Béarn et le Pays basque.

On fait étape à Aroué, dont l’église renfermer un rare Saint Jacques à cheval. L’église d’Olhaïby apparaît, nichée dans les vallons verdoyants. Les pottoks, petits chevaux basques, paissent dans l’herbe grasse. Sur le mont Saint-Sauveur, la stèle de Gibraltar marque la rencontre des chemins de Tours, Vézelay et du Puy. À Ostabat, les maisons sont chargées d’inscriptions et de symboles mystérieux. Lors de la dernière étape, on croise des marées sonnantes de brebis manechs à tête noire dont le lait donne la tomme des Pyrénées. À Saint-Jean-Pied-de-Port, les vieilles maisons navarraises se mirent dans la Nive, offrant un apaisant tableau à ceux qui continueront vers l’Espagne.

À l’est – Échappées vigneronnes en Bourgogne

Avec leurs façades gothiques, leurs toits vernissés tapissés de figures géométriques, les hospices de Beaune, fondés en 1443, sont le point de départ de ces quatre jours de marche sur le chemin dit « des Allemands ». À l’apogée du pèlerinage de Compostelle, au Moyen Âge, des sentiers secondaires comme celui-ci se sont ouverts à travers toute l’Europe pour rejoindre les quatre routes principales. Dès qu’on quitte la capitale des vins de Bourgogne, le chemin longe la Montagne de Beaune. La vigne est partout. Les noms de pommard, volnay, meursault parlent au palais des connaisseurs. Puis on glisse sur Santenay à travers bois et bocages. Un pic-vert décolle : calotte rouge et plumes de couleur de soufre. Aubépines, prunelliers et sureaux distillent leurs flagrances printanières.

Le lendemain, on aborde la Côte chalonnaise. Les alentours sont fait de mamelons aux sommets boisés, au pied desquels sont installés les villages du vin : Mercurey, Mellecey ou Rully. Ici ou là, des millepertuis jaunes et des vipérines bleues. Une famille de chardonnerets élégants, toque rouge et bande ailière jaune, rase le haut des ceps. Le paysage change, devient plus agricole.Les vaches charolaises broutent tranquillement. À partir de Givry, on chemine sur une crête entre prairies et vignes, d’une petite église romane à un lavoir. Des croix de pierre jalonnent le chemin comme autant de repères pour le pèlerin. Le château de Cormatin, avec son joli jardin, mérite la visite. D’autres préféreront le détour par la communauté de Taizé, lieu de prière et de spiritualité.

Et puis le paysage s’ouvre et, là-bas au loin, un clocher émerge. Il attire comme un aimant. On emprunte les anciennes rues pavées jusqu’aux ruines de la fameuse abbaye de Cluny. Haut-lieu de la chrétienté médiévale, elle favorisa la création de nombreux prieurés et abbayes sur les chemins de Compostelle pour y accueillir les pèlerins.

Au nord – Saules et maroilles de l’Avesnois

Depuis Pont-sur-Sambre, on suit le chemin de halage jusqu’à l’écluse de Berlaimont. Les saules têtards montent la garde le long d’un bras mort de la Sambre, classé réserve naturelle. le chemin de Dame-Marguerite, alias Marguerite d’Autriche, mène à Maroilles et aux vestiges de l’abbaye de Saint-Humbert dont les moines inventèrent le célèbre fromage.

Le lendemain, on serpente dans le bocage, royaume des vaches, puis on traverse la forêt domaniale de Bois-l’Évêque tout illuminée du bleu éclatant des jacinthes avant d’arriver au Cateau-Cambrésis, ville natale de Matisse.